Saumur

Le Cadre Noir

Le Cadre noir est un corps de cavaliers d'élite français, instructeurs à l'École nationale d'équitation (ou ENE) près de Saumur en Maine-et-Loire. La doctrine du Cadre noir, fixée par le général L’Hotte au XIXe siècle, est « le cheval calme, en avant, et droit ». L’équitation de tradition française, exercée principalement au Cadre noir, a été inscrite en 2011 par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Dans la terminologie militaire, due aux guerres napoléoniennes, les cadres sont un ensemble de gradés chargés de l’encadrement de la troupe. Les sous-lieutenants formés à l’école de cavalerie de Saumur portent, à partir de 1876, un uniforme aux tons bleus, sombre en grande partie, plus ou moins défini : on les surnomme le « Cadre bleu »1. En 1888, est évoquée la possibilité d'appeler l’école le « cadre d’or », suivant les caractéristiques colorées des éperons, viroles de cravaches et les décorations du képi et de la tunique1. Le chef d’escadrons de Contade change la tenue en 1898 pour imposer le noir, autant par facilité d'intendance que pour suivre un effet de mode des plus fortunés parmi les élèves1. Le nom de « Cadre noir »N 1 s'impose alors comme nom d’usage.

Jusque récemment, le Cadre noir s'appelait pour l’armée française « les écuyers du Manège de Saumur »2 : c’est le 21 janvier 1986 que le Cadre noir gagne officiellement son nom en devenant un organisme officiel2. Jusque là, le nom m'était pas déposé ni protégé, seulement un usage : pour illustration, en 1986, l’école demande à deux entreprises locales de lui verser des subsides pour leur utilisation de ce nom, ce qui lui est refusé1. L’utilisation du surnom est ancienne, sa première mention remonte à 1900, où un chroniqueur de la revue Sport Universel Illustré utilise le terme de « Cadre noir »2. L’usage militaire est officialisé par le lieutenant-colonel de Saint-André, écuyer en chef de 1964 à 1972, qui fit son papier à en-tête au nom de « Cadre noir, l’écuyer en chef1 » en lieu et place de « l'écuyer en chef du Manège » ou « Manège, l’écuyer en chef »1.

Le Cadre noir est, en tous points un lieu unique au monde, tant par son fonctionnement que par son histoire. Napoléon Ier a dit en repartant d'une visite du Cadre noir en 1812 :

« Je suis choqué, de voir que l'on fait manger cette jeunesse appartenent aux meilleures familles de France dans des gamelles en fer battu, comme les soldats. L'École ne répond nullement à mon attente, et il faut qu'elle devienne le plus bel établissement du monde3. »

Histoire

Le Cadre noir a toujours été associé historiquement à la ville de Saumur, le groupe de cavaliers d'élite a fait connaître son nom dans le monde entier4.

Prémices

 

L’École de cavalerie de Saumur, ancien site du Cadre noir.
À la fin du XVIe siècle, Henri IV missionne Philippe Duplessis-Mornay à Saumur pour y fonder une « université Protestante » au sein de laquelle une académie d'équitation est établie. L'académie d'équitation est dirigée par Monsieur de Saint-VualN 2,1, formé à l'Académie catholique d'Angers selon les principes d'Antoine de Pluvinel. L'académie est fermée lors de la révocation de l’édit de Nantes.

En 1763, Louis XV réorganise la cavalerie française par l'intermédiaire du duc de Choiseul. Une école, gérée et encadrée par le « Corps royal des carabiniers », est créée à nouveau à Saumur pour accueillir les officiers de tous les régiments de Cavalerie. Elle fonctionnera jusqu'en 1788. Liée à l'histoire des monarques et des cours, à la fois prestige et privilège presque exclusif de la noblesse, la haute équitation subit par la suite les effets des conspirations et des guerres de l'empire5.

XIXe siècle

 

M. Flandrin, écuyer-professeur montant Janissaire, cheval navarrin du manège de l’École d'instruction des troupes à cheval de Saumur.
À la fin de l'année 1814, Louis XVIII crée à Saumur l’École d'instruction des troupes à cheval par ordonnance, en la transférant depuis Saint-Germain-en-Laye6, où Napoléon avait créé le 8 mars 1809 une école spéciale de cavalerie pour former des cadres de régiments et ainsi fournir l'armée du pays constamment en guerre7,N 3. En 1815, le général Levesque de La Ferrière est appelé à la diriger ; en même temps, les principes équestres de Jacques d'Auvergne, c'est-à-dire la recherche d'une équitation utilitaire sur un cheval droit8, y sont appliqués sous l'influence du marquis Ducros de Chabanne6.

Son activité allant décroissant à partir de 1822, cette école est régénérée par Charles XN 4 sous le nom d’École royale de cavalerie en 18256. Un manège militaire et un manège d'académie composent l'essentiel des structures9. Constitué d'écuyers civils, le manège académique est destiné à parfaire la formation équestre des officiers5.

Le premier carrousel est présenté en 1828. Les écuyers exécutent les reprises de Sauteurs et d'Instructeurs. Lors de cette présentation, les écuyers sont déjà coiffés du Chapeau de Manège, aussi appelé Lampion ou Bicorne. M. Cordier introduit l'entrainement aux sauts tels qu'ils sont pratiqués à Versailles, et le travail aux piliers6, d'abord réservés aux cavaliers les plus doués de l'école, les sauts s'imposent dans l'instruction comme test pour la solidité en selle10. À partir de 1830, avec la disparition de l'École de Versailles, Saumur devient la seule école dépositaire de la tradition équestre française11. En 1847, la forme des sauts est fixée et ne changera plus jusqu'à nos jours10.

La couleur noire de l'uniforme est décidée sous le règne de Louis-Philippe pour différencier ses écuyers de ceux de l'« École de cavalerie », qui sont alors habillés en bleu. À partir de cette époque, l'école est le cadre presque exclusif des instructeurs d'équitation de l’École de cavalerie plus tard devenue l’École d'application de l'arme blindée et de cavalerie.

En 1865, la création de la Société hippique française marque la naissance de l'équitation de sport et l'année suivante, Alexis L'Hotte présente pour la première fois une reprise de manège et des sauts en liberté en dehors de Saumur (au palais de l'Industrie), dans le cadre d'un concours avec des cavaliers de l'école. En 1870, son successeur est sommé d'orienter l'école de Saumur vers davantage de pratiques sportives et en extérieur.

XXe siècle

Au début du XXe siècle, le Cadre noir s'intéresse aux compétitions équestres récemment introduites aux jeux olympiques, ses cavaliers vont peu à peu s'illustrer dans chacune des trois disciplines : dressage, saut d'obstacles et concours complet d'équitation, autrefois nommé military13. En 1919, le commandant Wattel donne au Cadre noir une nouvelle orientation plus moderne et sportive, trois ans plus tard, un centre de préparation aux épreuves sportives y est créé14.

Avant les années 1970, l'école de Saumur n'est pas une école d'équitation pure comme l'est l'École de Versailles ou comme l'École de Vienne. C'est une école de cavalerie, où le cheval est utilisé surtout à des fins militaires. Le Cadre Noir devient civil en 1968[réf. souhaitée]. En 1972, l’École nationale d'équitation est créée par décret (elle doit l'édification de sa doctrine à l'influence de deux chefs d'école du milieu du XIXe siècle) et le Cadre noir est rattaché au ministère de la jeunesse et des sports5,13, il commence à former les cadres enseignants d'équitation15.

Au milieu des années 1970, il est envisagé de supprimer le Cadre noir, « jugé anachronique, inutile et trop coûteux ». L’État développe alors sa vocation diplomatique et promotionnelle, qui lui vaut d'être sauvé16.

En 1984, deux femmes font leur entrée au Cadre noir17. Mademoiselle Florence Labram, lauréate du cours de formation des intructeurs17, et Mademoiselle Mireille François, professeur au cercle parisien de « l'Étrier »17. Elles sont les premières femmes a pouvoir bénéficier de l'enseignement du Cadre noir17.

Le 21 janvier 1986, le Cadre Noir devient un organisme officiel et le nom apparaît pour la première fois dans un document officiel2. Jusque là, l'armée française nommait le Cadre Noir « les écuyers du Manège de Saumur »2.

Depuis 1989, le directeur de l’école a toujours été un civil. Depuis 2010, cette école fait désormais partie de l'Institut français du cheval et de l'équitation. Ses membres sont composés majoritairement de civils mais aussi de militaires, neuf écuyers en 2006. Depuis 1996, le Cadre noir est décrit comme « l'ensemble du corps enseignant de l'école nationale d'équitation[réf. souhaitée] », ses membres sont sélectionnés sur leurs performances en équitation sportive et l'obtention du brevet d'état d'éducateur sportif du deuxième degrés18.

XXIe siècle

Fin 2011, alors que la crise financière rend l'octroi de subventions à la filière équestre française de plus en plus difficile19, l’équitation de tradition française, exercée principalement au Cadre noir, est inscrite par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Les écuyers, outre le travail de dressage traditionnel, travaillent aussi les sauts d'école, montés ou à pied. Ces sauts sont au nombre de trois :
La courbette : « Le cheval se dresse vers le ciel, antérieurs ployés; le cavalier garde sa position et se retrouve en arrière de la verticale ",
La croupade : « le cheval exécute une ruade énergique en étendant complètement les membres postérieurs »,
La cabriole : combinaison presque simultanée d'une courbette et d'une croupade.